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Critique d'album

Kiss


Love Gun


(30/06/1977 - Casablanca - - Genre : Hard / Métal)
Produit par

1- I Stole Your Love / 2- Christine Sixteen / 3- Got Love For Sale / 4- Shock Me / 5- Tomorrow And Tonight / 6- Love Gun / 7- Hooligan / 8- Almost Human / 9- Plaster Caster / 10- Then She Kissed Me
Note de 3/5
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Note de 3.0/5 pour cet album
"Tu as pressé la détente de mon pistolet d’amour... "
Daniel, le 16/03/2026
( mots)

Sur le toit du monde

Après trois disques invendables, un faux live irrésistible et deux albums qui ont atomisé les charts, Love Gun, sixième effort studio des masqués new-yorkais, va illustrer en musique le principe élémentaire selon lequel il est extrêmement difficile de se tenir confortablement assis avec le cul entre deux chaises.

Pour Kiss, le cru 1977 s’inscrit pourtant sous les meilleurs auspices. Un sondage du très sérieux Institut Gallup désigne le groupe comme étant le plus influent des Etats-Unis devant Aerosmith, Led Zeppelin et The Eagles. 

Désormais, Demon, Catman, Spaceman et Starchild occupent "officiellement" le toit du monde. 

Mais, au même titre que la minijupe ou le string, les sondages masquent l’essentiel. 

A bien y regarder, la consécration absolue n’est pas forcément un cadeau du ciel. Il est évident que la popularité de Kiss repose désormais sur une fanbase autrement plus large que les fidèles petits rockers de sa célèbre Army fondée en 1975 par Bill Starkey et Jay Evans.


Le quatuor est devenu un produit de consommation interculturel et intergénérationnel. 

Si les disques récents se vendent plus que bien, les poupées articulées, les tourne-disques, les bandes dessinées, les t-shirts, les posters, les kits de maquillage, les badges et tous les goodies (im)possibles et (in)imaginables (1) s’écoulent par camions entiers.

Une formule résumera rapidement la situation : le groupe (Band) est soudain devenu une marque (Brand). Et c’est peut-être la première fois que le phénomène frappe à ce point le petit univers rock.

Pour ne pas heurter ce vaste public (acheteur) qui l’a débordé par les ailes, Kiss doit mettre un peu de "sucrosité" pop dans son hard-rock, au risque de fâcher ses supporters de la première heure.

A priori, la reconduction d’Eddie Kramer dans un rôle de production était de nature à rassurer les fans de décibels. Mais c’est un Kramer passablement émasculé (et "secondé" par le groupe lui-même) qui va assurer un enregistrement fort mou du genou pour répondre aux attentes de la maison de disques.

Fun fact #1 – Ray 

C’est Ray Simpson, le (gentil) policier de Village People, qui assure les chœurs sur l’iconique "Tomorrow And Tonight".

Fun fact #2 – Cynthia

Le titre "Plaster Caster" est évidemment dédié à Cynthia Dorothy Albritton (1947-2022), plus grande groupie du monde rock autoproclamée, qui a consacré sa vie d’artiste avant-gardiste à réaliser des moulages en plâtres de sexes en érection de rockers en vogue. Son œuvre la plus sexclusive – Jimi Hendrix – est aujourd’hui visible au Phallological Museum de Reykjavik entre l’organe d’une baleine bleue et celui, assurément plus modeste, d’un hamster.

Fun fact #3 – Ace

Love Gun est le premier album de Kiss à proposer des titres chantés par chacun des quatre masqués, en ce compris par Ace Frehley qui s’était toujours refusé à prendre le micro. Pour des raisons personnelles et étranges, Spaceman a décidé d’enregistrer sa voix en étant recroquevillé sur le sol au fond du studio. Le thème de "Shock Me" lui avait été inspiré par une électrocution accidentelle sur scène. Le 12 décembre 1976 en Floride, il avait en effet été terrassé par une décharge électrique qui aurait pu lui être fatale. Après une demi-heure de soins, il avait finalement assuré le show malgré une main droite en carafe, ce qui en dit long sur ses compétences instrumentales. 

Fun fact #4 – Albert

En panne d’inspiration pour les lyrics de la fabuleuse plage titulaire, Paul Stanley s’est contenté de recopier un texte d’Albert King ("The Hunter")... en oubliant malencontreusement de créditer le bluesman.

I've got my love gun loaded
With hugs and kisses
And when I pull the trigger
There will be no misses
Ain't no need to hide
Ain't no use to run
'Cause I've got you in the sights of my... 
Love gun (2) 

Fun fact #5 - Eddie

Gene Simmons avait enregistré une démo de "Christine Sixteen" en compagnie de la fratrie Van Halen avec laquelle il entretenait des relations amicales. La version définitive du titre sera, note pour note, une copie servile – en ce compris le solo d’Eddie – de ce premier brouillon. Ça explique le drumming inhabituel de Peter Criss et la fluidité, tout aussi inhabituelle, du solo d’Ace Frehley.

Un bel emballage pour un vilain album

Ken Kelly réalise pour Love Gun un artwork exceptionnel, dans la droite ligne du très emblématique Destroyer. Après avoir détruit l’univers, le groupe occupe maintenant un panthéon antique sous le regard de vestales sculpturales en pâmoison et déshabillées de cuir noir. 

Pour les complétistes extrêmes, la version américaine du vinyle comporte également un vrai "Love Gun" en carton qui fait "Bang ! Bang !" (à découper et assembler – 3) dans la plus pure lignée des goodies psychédéliques des Beatles de la fin des sixties. 

Musicalement, l’album est plutôt catastrophique. Au rayon des épouvantes absolues, une version masculinisée de "Then He (She) Kissed Me" de The Crystals clôture l’opus. In Cauda Venenum… Vertigineux de désintérêt, le titre se traîne sur un faux rythme marqué par des castagnettes (si!)  fort improbables et donne au die-hard fan l’envie irrépressible de déchiqueter (ou de manger) sa carte de membre de la Kiss Army. 

"Christine Sixteen" reste une rengaine caricaturale, abominablement sexiste (pour rester aimable) et très typique  du Demon ; "Hooligan" est une composition fort indigente de Peter Criss ; sans grand intérêt, "Got Love For Sale" et "Almost Human" s’effacent instantanément de la mémoire du petit rocker. 

Au-delà du fait qu’il s’agit du dépucelage vocal pour Spaceman, "Shock Me" ne casse pas trois pattes à un canard mais vaut par un solo sidérant, beaucoup plus structuré et inspiré qu’à l’accoutumée. 

In fine, il subsiste seulement trois compositions qui méritent une oreille attentive. En ouverture, le puissant "I Stole Your Love", conçu, selon les dires de Paul Stanley, sur un schéma identique à "Burn" de Deep Purple (4), donne l’illusion d’un groupe encore entreprenant, inspiré, carré et soudé. 

Caractérisé par des lyrics pour le moins primitifs (5) "Tomorrow And Tonight" se voudrait être un hymne fédérateur dans la mouvance du cultissime "Rock And Roll All Nite". Agréable à souhait, le titre échouera dans cette ambition et restera un laissé pour compte dans le répertoire du groupe.

Heureusement, il reste la plage titulaire. "Love Gun" est une bombe atomique définitive et géniale. Ce sera par ailleurs le seul titre de l’album à figurer sur la compilation Double Platinum qui sortira l’année suivante. 

"Love Gun" est un moment créatif rare dans la vie d’un homme. Persuadé de la qualité de sa composition, Paul Stanley se montrera très directif à l’égard de ses trois comparses, décidant finalement d’enregistrer lui-même la ligne de basse parce qu’il ne trouvait pas ce qu’il cherchait dans les propositions de Gene Simmons. 

Avec le temps, le titre figurera parmi les climax absolus des concerts du groupe avec ceci de symbolique que son auteur prendra l’habitude d’aller le jouer seul, perché sur une plate-forme le plus loin possible de la scène, abandonnant les trois autres à un rôle de backing band.

Fin de règne

Malgré sa médiocrité, Love Gun reste un album tristement symbolique pour les fans de Kiss, raison pour laquelle il reçoit ici trois étoiles imméritées qui correspondent mathématiquement aux trois nouveaux disques de platine qu’engrangera le groupe. 

C’est en effet le dernier opus où l’on retrouve les quatre membres originaux. Par la suite, il sera surtout question de dissensions, de haines croisées, d’absences, de désertions, de mensonges, de déclarations incendiaires et de bouderies intenses dont certaines dureront jusqu’à ce – Ace Frehley m’en est tristement témoin – que mort s’ensuive. 

S’il existe un proverbe berrichon qui affirme que "C’est l’auge vide qui fait grogner les cochons...", il est a contrario patent que, dans le petit monde rock, les problèmes se posent plutôt quand la tirelire déborde... 

Et la machine mercantile va se déchaîner : dans la foulée de Love Gun, il y aura, en 1978, un nouveau double live, quatre albums solo, un Best Of (en deux versions) des albums solo, un long métrage épouvantable et une double compilation (sous une pochette iconique) déjà vantée dans cette chronique. 

Une vraie ruine pour les pauvres petits rockers et la promesse d'un authentique pactole pour la marque Kiss.

Mais n’anticipons pas !


(1) Plus tard, il y aura aussi des préservatifs, des panoplies pour bébé, des vestes en cuir, des cercueils et, pour les collectionneurs fortunés, une série spéciale de quatre Mini Countryman décorées selon les masques emblématiques du groupe.

(2) Ça, c’est le texte d’Albert King. Comme disait le très infâme Jimmy Page, le blues appartient à tout le monde...

(3) Pour que le pistolet d’amour fonctionne, son assemblage requiert néanmoins quelques compétences en ingénierie civile du style bac +7.

(4) La comparaison entre les deux titres demande néanmoins une solide dose d’imagination.

(5) Demain et ce soir, demain et ce soir / On peut rocker toute la journée / Et roller toute la nuit / Oh Yeah !


Issue de la culture biologique (à 94,7 %) et de la pêche écoresponsable, cette chronique AlbumRock, garantie sans sulfites, sans souffrance animale (si j’excepte les tympans de mon chien), sans gluten ni sucres ajoutés, a été tapée, caractère après caractère, par deux vraies vieilles mains humaines ridées sur un clavier en plastique recyclable fabriqué à vil prix en Chine.

Je remercie sincèrement les adorables lecteurs et lectrices qui corrigent mes textes et, plus particulièrement, la femme qui partage patiemment ma vie et mon brave chien Gupette qui m’observe d’un regard intrigué quand je ris tout seul en rédigeant mes bêtises. 


 

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