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Critique d'album

Jay Buchanan


Weapons of Beauty


(06/02/2026 - - - Genre : Rock)
Produit par

Note de /5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"La chenille sait instinctivement quand elle doit entrer dans son cocon..."
Daniel, le 15/02/2026
( mots)

Où l’on évoque des catégories

Weapons Of Beauty n’est (certainement) pas un "album rock". Passez votre chemin !

Ce n’est pas non plus un "album de chanteur" qui ferait craindre une démonstration vocale technique et vide de sens (1). 

Non, c’est tout simplement un album très intimiste conçu par un être très humain qui se trouve être un chanteur d’exception et, pour l’occasion, un six-cordiste acoustique rythmique correct. Et peut-être aussi, à sa façon, un papillon shamanique...

Avec sa voix puissante, à la colorature immédiatement identifiable, Jay Buchanan, grâce à une voix au spectre sonore plus que respectable, est actuellement le meilleur de sa race. 

De loin. Et ce ne sont pas les nombreux fans de Rival Sons qui vont me contredire. Fans qui  loueront ici le discret travail de production de Dave Cobb, lequel connaît son Buchanan sur le bout des doigts pour avoir déjà créé le son des meilleurs albums de son groupe.  

Au même titre que Ronnie James Dio, Freddie Mercury, Bruce Dickinson, Steve Walsh (2), Bruce Springsteen et quelques autres, Buchanan est également un conteur fantastique. Un conteur comme le conçoit Stephen King, à savoir un bonhomme qui te prend par la main pour t’accompagner au gré d’une histoire – poétique ou terrifiante – qu’il te confie comme si tu étais le seul être au monde

Une fois le récit commencé, la main ne peut plus être lâchée. Même pour (ou plutôt contre) tout l’or du monde. 

Jay Buchanan prend chacun de nous par la main pour nous confier sa métamorphose. Une métamorphose et une retraite loin des spotlights qui se sont imposées à lui lorsque sa compagne Chelsey Young (avec qui il forme également le duo vocal Two Hip) a déclaré un cancer du sein. 

Où tout commence par un cocon-bunker perdu dans le désert...

L’artwork dévoile un shaman barbu, enveloppé dans une cape/chrysalide informe et protégé par icelle. 

Le processus relève de la rédemption. Une rédemption d’autant plus belle qu’elle implique l’intervention obligée d’un "autre", celui ou celle qui confiera au narrateur ces "armes de beauté" qui l’aideront à vaincre l’obscurité. 

Dans une civilisation humaine (mais ça vaut aussi pour une grande partie du monde animal et même végétal), rien n’est possible pour un être seul. La concrétisation des rêves passe par une interaction du vivant. Sinon, les rêves restent des rêves. Et vous le savez pour l’avoir lu ou l’avoir vécu, un rêve qui ne se concrétise jamais devient une chimère puis un kyste de l’âme.

Et j’en profite pour vous laisser méditer quelques instants sur l’antinomie des deux mots choisis pour le titre de l’opus...

Donne-moi les chants à entonner au combat
Des armes de beauté qui détruiront la nuit
Cela fait longtemps que j’attends
Donne-moi les mots pour exprimer ce que je ressens
Que je puisse concrétiser mon rêve
Et le rendre réel (3)

Légende ou vérité (peu importe, finalement), Jay Buchanan dit s’être littéralement enf(o)ui trois mois durant dans un bunker au milieu du désert de Mojave (4) afin de concevoir 9 des 10 titres (5) de Weapons Of Beauty. Seul avec lui-même. Tout juste accompagné par les échos aléatoires d’une cave obscure qui faisaient résonner les accords de sa guitare acoustique. 

Le résultat – à des années-lumière du rock couillu de Rival Sons – est inimaginable.

Parfois nourri d’accents country, de vibes soul ou d’harmonies gospel, ce folk bluesy teinté d'"americana" (6) est d’une richesse incroyable et d’une honnêteté confondante. Et, bonheur très rare, la musique est servie par des textes d’une justesse poétique qui inspire le respect.

Célébré dans "High And Lonesome", le désert sera le point de départ de tout. Et, depuis "Caroline", le single introductif, jusqu’à la plage titulaire et conclusive en piano-voix, l’album déroule une existence en quarante-neuf minutes qui paraissent finalement bien courtes.

La vie d’un homme singulier qui pousse même le bouchon jusqu’à déjà se réjouir de son tombeau, en désignant la couleur de son cercueil sur le génialement rythmé "True Black", paradoxalement un des titres les plus solaires de Weapons Of Beauty.

Peignez mon cercueil d’un noir profond
J’ai autant cheminé aux côtés des méchants que des justes
Et je me demande à qui je ressemble le plus
J'ai emprunté des chemins étroits et trébuché dans les ténèbres
Je dédie à ceux que j’ai lésés le bien que j'ai fait aux autres 
Peignez mon cercueil d’un noir profond 
J’espère vous avoir remboursé tout ce que j’ai pu vous coûter 

Dans la forme, dans l’intention et dans le fond, les péripéties de la cavale contée dans "Tumbleweeds" rappellent quelques grands bourlingueurs humanistes du rock (7) à bien des égards. L’auteur ne juge pas ses protagonistes. Il se contente de les accompagner et de dépeindre leur douloureuse errance. Souvenez-vous, petits rockers, que nous sommes tous nés pour cavaler ! 

Ce n’est pas moi qui l’ai dit, c’est Bruce !

Il a perdu un peu de sang au dernier arrêt
Il en avait perdu un peu plus à celui d'avant
Depuis qu'ils ont quitté le Tennessee
Pour rejoindre la Californie
"Comprime la plaie
Trouve-toi vite un médecin
Tu peux encore t’en sortir"


La popularité de l’artiste est abordée dans "Shower Of Roses". Le thème est certainement rabâché mais l’approche est de nouveau d’une sincérité déroutante.

Quand la foule se disperse
Que les lumières de la scène s’éteignent
Et que le rideau tombe
Tu veux que quelqu’un te dise
Que tu n’as jamais pris plus
Que ce que tu as donné
Soir après soir,
Tandis que tu interprètes un rôle
Tu dois attendre d’être revenu dans les coulisses
Pour que ta vraie vie commence
C’est le moment d’écrire ta propre poésie
Et de la déclamer à voix haute
Une pluie de roses à chaque révérence

Par instants, le plus rythmé "Deep Swimming" évoquerait vocalement Sting (à son meilleur) en posant un regard étonnant sur le temps qui passe et les passions qui vont et qui viennent. 

… pour finalement célébrer l’Amour (avec son grand "A")

Car il est souvent question du sentiment amoureux dans l’écriture et dans les pensées de Jay Buchanan.

Déjà évoqué, "Caroline" explore le côté désespéré du désordre sentimental en contant la douleur inaltérable d’une passion perdue.

Tu me connaissais avant que je n’apprenne le whisky 
Les coups, les femmes et les boulots foireux
Tu savais très bien que tu partirais avant moi
Tu savais aussi que ça me tuerait 
C’est pourquoi tu me l’as caché...

Il est également question d’amour dans la très belle recomposition festive du "Dance Me To The End Of Love" de Leonard Cohen. Ceux qui s’étonneront de l’utilité de cette reprise étonnante devraient se poser la question de savoir à quoi il aurait été bon de réinventer un "hymne à l’amour" alors que le travail avait déjà été si bien accompli par le barde canadien.

Et il est encore et toujours question d’amour sur "Sway" – peut-être le sommet vocal de l’album (8) – où un accompagnement musical volontairement discret soutient une voix au mieux de son art. 

Et puis ?

Et puis, on s’en fout. 

Peu importe en effet que Weapons Of Beauty reste une œuvre unique ou que le bonhomme nous réserve plus tard d’autres gemmes en solo de la même brillance. Peu importe que quiconque s’en souvienne encore dans six mois ou dans cent ans. 

On s’en fout (9). 

On s’en fout parce que les meilleurs "moments suspendus" en art sont ceux que l’on savoure précisément sur le moment. Weapons Of Beauty, c’est simplement Jay Buchanan en février de l'an de grâce 2026. Ça nous illumine et ça nous réchauffe durant le mois le plus court et le plus froid de l’année. Rien que pour ça, c’est magnifique.

Donne-nous les mots pour exprimer ce que nous ressentons
Que nous puissions concrétiser nos rêves
Et les rendre réels


(1) Il n’y a sur Weapons Of Beauty aucune intonation gratuite, aucune note démonstrative, aucun effet vocal inutile. Comparaison n’est pas raison mais, histoire de cerner le débat, Buchanan pourrait être l’antithèse du très hype Youngblood. Cette considération fait partie d’un ouvrage à paraître Comment se faire des amis en trois leçons – Première leçon gratuite à paraître aux éditions AlbumRock.

(2) Dans la démarche, il y a une forme de très lointaine parenté entre Weapons Of Beauty et Schemer-Dreamer (1980), le premier album solo de Steve Walsh (Kansas), qui résumait son parcours par quelques mots magiques : "I went to school to learn but I didn’t like what they teach / Then I went to church to pray but I didn’t like what they preach" First class !

(3) Extrait de la plage titulaire.

(4) Selon la mythologie indienne, le grand esprit Matavilya, né de l’union de la Terre et du ciel, a créé les hommes et les animaux. Avant d’être assassiné par une grenouille. On ne se méfie jamais assez des batraciens.

(5) Le dixième titre est une reprise.

(6) Le terme est devenu un fourre-tout insupportable mais je n’en connais pas de meilleur.

(7) Je pense ici à Bruce Springsteen, à Bob Seger ou à Chris Rea. Par exemples...

(8) Certains y verront fort probablement un hommage vocal appuyé à Jeff Buckley. Ceci dit, durant ses récents concerts en solo au Texas, Jay Buchanan a simplement précisé qu’il avait écrit cette chanson parce qu’il aime sa femme.

(9) On s’en fout parce que, dans mon petit esprit de vieux petit rocker du moins, il faut marquer une différence entre l’approche "journalistique", inspirée par l’émotion du moment présent (quand un album est publié, en l’occurrence), et l’approche "historique", fruit d’un réflexion plus élaborée qui bénéficie du recul du temps (merci à FrançoisAR pour son précieux enseignement à ce propos !). Cela fait près de soixante ans que j’écoute du rock. Parfois, les approches journalistiques et historiques se confondent (je suis toujours fan – et même plus – de Wish You Were Here de qui vous savez) ; parfois, elles divergent (je ne peux plus entendre Grace de qui vous savez également). Le journaliste peut être "gonzo" ; l’historien pas. Fin de la parenthèse philosophique enchantée...


Issue de la culture biologique (à 96 %) et de la pêche responsable, cette chronique AlbumRock, garantie sans sulfites, sans gluten, sans alcool ni sucres ajoutés, a été tapée, caractère après caractère, par deux vraies vieilles mains humaines sur un clavier en plastique prétendument recyclable fabriqué à vil prix en Chine.

Pour Renée et Alex qui ont croisé des armes mais pas la beauté. Si vous élisez un clown, ne vous étonnez pas de vivre dans un cirque.

Je remercie sincèrement les adorables lecteurs et lectrices qui corrigent mes textes, la femme qui partage ma vie et mon brave chien qui ronfle à mes pieds. 

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