Les oubliés de 2025
A l'image de la décennie ouverte depuis quelques années, 2025 est une année riche en sorties tant et si bien qu'il est impossible pour notre rédaction de traiter l'ensemble de ce qui tombe dans nos oreilles. Petit rattrapage de fin d'année avec des chroniques rapides d'albums parfois incontournables.
Les oubliés de 2025
Nation Of Language - Dance Called Memory

Bien que de Brooklyn, on a l'impression de s'adresser ici à un groupe qui touche le Wisconsin, le lac Michigan et donc le Canada tant ses albums évoquent une contrée de (neige), de lait et de sirop d'érable, douce pour les écoutilles. Nation Of Language parle un dialecte tout en textures synthétiques et étendues suspendues. Auto qualifié "de groupe d'électro pop pour la classe ouvrière", ils sont les détenteurs rares d'une élégance brute mais calme. Les morceaux de Dance Called Memory viennent lorgner vers des références Mancuniennes et des choeurs ébahis à la Tears for Fears. Evoquant la nostalgie et sa douceur, la sourde hyperglycémie atteint son paroxysme sur "Inept Apollo". "How many miles ago?" se questionnent-ils... Nation Of Language pourra à coup sûr accompagner les kilomètres de n'importe lequel de vos voyages.
Raven - Can't Take Away The Fire

Sommité de la New Wave of British Heavy Metal, Raven continue de maintenir la flamme du Heavy traditionnel en essayant d'être aussi énergique qu'à ses débuts - les prestations des musiciens sur scène demeurent à ce titre impeccables et complètement déjantées. Le groupe n'a jamais été le plus inventif de la scène, privilégiant l'efficacité sur le raffinement (background punk oblige), et ce nouvel EP ne change pas la donne. Il est toujours admirable d'entendre des vétérans composer du Metal comme des adolescents en alignant les titres directs et véloces de trois minutes - à l'exception d'un midtempo final ("The Wreckage"). Ajoutez à cela trois extraits live issues de trois périodes différentes (2022, 1991, 1984) et vous obtenez un album très sympathique à défaut d'être essentiel.
Grave Digger - Bone Collector

Parmi les vétérans de la scène Power Metal germanique, Grave Digger est, avec Rage, le groupe le plus régulier et productif de la scène. Mais obtenir un nouvel album du combo tous les deux ans en moyenne a un prix : en effet, l'homogénéité des compositions d'opus en opus est l'élément le plus remarquable de leur œuvre, d'autant plus que leur recette est fondée sur des constantes plus brutales et bas du front que chez leurs compatriotes. Bref, le groupe ne fait aucune sortie de route puisqu'il ne prend aucun risque, mais il peine à surprendre et à justifier l'achat d'un exemplaire physique (j'ai arrêté ma collection juste avant la sortie de celui-ci). Cela n'empêche pas Grave Digger de proposer quelques pièces réussies et exaltantes ("Bone Collector", "The Devils Serenade", "Whispers of Damned"), si bien que les fans apprécieront. On regrettera la pochette très sûrement réalisée à l'aide d'IA (pour ne pas dire complètement faite par IA), accentuant la dimension boomer trap de Bone Collector.
The Veils - Asphodels

Le penchant de Finn Andrews pour la douceur tendance soporifique se confirme avec ce nouvel album qui fait la part belle aux arrangements délicats de cordes sur fond de piano, dans la droite lignée du précédent double opus qui nous avait (doublement) laissé sur notre faim. C'est toujours fort joli, mais on s'ennuie ferme avec cet habillage trop propret qui éloigne définitivement le Néo-Zelandais de ses démons intérieurs et par la même occasion de ce qui rendait sa musique captivante.
Mogwai - The Bad Fire

Peut-on encore avoir quelque chose d'intéressant à raconter à travers sa musique après plus de 30 ans de carrière ? D'autant plus lorsqu'on office dans la sous-niche très confidentielle du post-rock instrumental ? A cette question, les Ecossais répondent avec panache, ballottant l'auditeur au gré des guitares virulentes de "Hi Chaos", de la délicatesse obsédante de "Pale Vegan Hip Pain", ou des arpèges lancinants de "What Kind of Miw is This ?". Du tout bon, sans oublier la montée en puissance vertigineuse typique du groupe avec "If You Find This World Bad, You Should See Some Of The Others" ou l'excellent titre d’ouverture de l’album, "God Gets You Back", inspiré par la petite fille de Barry Burns, le claviériste du groupe, qu’une maladie a failli emporter… Mogwai signe encore un très bel album en 2025.
Larkin Poe - Bloom

Après le succès de leur précédent album pour lequel elles avaient récolté un grammy bien mérité, les sœurs Lovell rempilent avec leur cocktail de blues et de country-rock estampillé Deep South. Un huitième album toujours marqué par une complicité forte qui se ressent tant sur la complémentarité des harmonies vocales que sur l'entrecroisement constant de la guitare acoustique et des slides électrisantes de la lap-steel. Plaisant quoiqu'un peu trop conventionnel, Bloom se fait particulièrement convaincant sur ses titres les plus incisifs, en particulier les saccades bluesy de "Bluephoria" ou la tension sensuelle et lancinante du provocateur "If God Is a Woman" qui déconstruit avec beaucoup d'ironie les stéréotypes projetés sur les femmes.
Tunng - Love You All Over Again

Après le sombre Dead Club de 2020, le sextet britannique de folktronica fait le choix de revenir à des compositions plus lumineuses et apaisées, toujours marquées par une multitude d'arrangements décalés et surprenants qui confèrent aux compositions une indéniable originalité. C'est un écrin de douceur qui ravit les oreilles avec le thème entêtant de l'onirique "Snails" ou la légèreté mélodieuse de "Deep Underneath". On se lasse cependant assez vite de certaines coquetteries propres au genre musical (les boites à rythmes notamment qui finissent par donner des céphalées) qui font regretter une approche un peu plus épurée.
Dax Riggs - 7 Songs For Spiders

Quelle année pour les fans d’Acid Bath ! Reformation du cultissime groupe de doom-sludge, annonce d’une première tournée Européenne, et cerise sur le gateau : nouvel album solo de son chanteur Dax Riggs, 15 ans après le précédent. Un disque court (29 minutes), mais à la lenteur et l’intensité pachydermique et enfumée. Un album de grunge bluesy caverneux absolument sublime, de par, en premier lieu, la voix de Riggs, au phrasé si particulier, qui évoque la noirceur de Mark Lanegan.
DITZ - Never Exhale

DITZ enfonce le clou de son post-punk sombre et agité avec Never Exhale, un second album tout aussi suffocant qu’étrangement addictif. Le groupe y affine encore cet équilibre singulier entre noise abrasif, poussées hardcore et déviations rock expérimentales, construisant une tension quasi permanente qui ne laisse que rarement l’auditeur reprendre son souffle. Les morceaux avancent par à-coups, sur des rythmiques sèches et oppressantes, comme pris dans un mouvement de fuite en avant maîtrisé.
Au centre du chaos, Cal Francis impressionne par son interprétation habitée, presque possédée par ses textes. Ne cherchant jamais la séduction immédiate, il impose sa logique interne par la répétition, la saturation et une forme de malaise savamment entretenu. DITZ signe ici un disque dense et exigeant, qui confirme l’identité du groupe et laisse peu de doutes sur sa capacité à marquer durablement les planches internationales et les sillons dans les années à venir.
Shannon Whright - Reservoir of Love

La chanteuse américaine a semble-t-il beaucoup d'amour à donner sur ce court album qui célèbre la force vivifiante de la musique après des années sombres marquées par le deuil et le spectre d'une maladie qui a failli l'emporter. La native de Jacksonville livre ainsi un album très personnel et ne force pas son talent pour composer des titres délicats et intimistes à l'instar du mélancolique "The Hits". On se laisse facilement happer par la fragilité palpable de "Countless Days", la mélodie envoûtante de "Mountains" mais aussi par quelques titres plus massifs et chargés en saturation (en particulier l’introductif titre éponyme, qui détonne par sa rythmique lourde et son refrain frondeur). Nul doute que les mélomanes en quête de spleen trouveront leur bonheur avec la magnifique ballade conclusive au piano "Something Borrowed", où l'influence de Yann Tiersen se ressent pleinement.
Doves - Constellations for the Lonely

La renaissance du groupe britannique amorcée en 2020 se poursuit cinq années plus tard avec la sortie d’un sixième album à l'imagerie poétique. Toujours en prise avec ses problèmes d’alcoolisme, qui ont rendu l’enregistrement de ce nouvel opus particulièrement compliqué, Jim Goodwin n’en reste pas moins un merveilleux chanteur. Le grain chaleureux de sa voix sur l’introductif "Renegade" fait son effet et suffit à nous captiver immédiatement, rappelant les plus belles envolées vocales de son compatriote d’Elbow. La première partie de l'album s'avère globalement très réussie avec des mélodies brillantes et des arrangements intelligents qui culminent sur le titre "A Drop in the Ocean". Dommage que la seconde moitié soit beaucoup moins inspirée et que les morceaux chantés par les frères Williams mettent à mal la cohérence de l'ensemble.
Brkn Love - The Program

Le groupe canadien livre un troisième album qui parlera aux amateurs de rock survitaminé, dans la droite lignée des Dead Poet Society et autres Tigercub. Si l’énergie brute déployée à travers les riffs puissants et distordus qui parsèment l'album et son imposante collection de refrains fédérateurs s’avèrent particulièrement efficaces, les ficelles sont tout de même un peu grosses et on se lasse un peu de ce matraquage tonitruant qui peine à captiver sur la durée. A conseiller à ceux qui aiment en prendre plein les oreilles, tout le temps.
Tamino - Every Dawn's a Mountain

Le chanteur belge propose un troisième album plus intimiste et épuré, toujours porté par la magnificence de sa voix et les possibilités sidérantes offertes par l’étendue de sa tessiture. Influencé par sa nouvelle vie à New York et mettant également à l’honneur ses racines égyptiennes, Every Dawn’s A Mountain offre un vrai brassage d’influences et de cultures entre folk et musique orientale avec une coloration particulière apportée par les passages joués à l’oud. Si l’ensemble du disque se caractérise par sa douce spiritualité, certains titres comme "Babylone" ou "Dissolve", offrent de très beaux moments épiques, portés par des falsettos lyriques et des arrangements de cordes virevoltants. A l’instar du superbe "Sanpaku" et du sombre "Raven", la beauté du jeu de guitare se marie au chant presque mystique de Tamino pour former de petites bulles poétiques au sein desquelles on prend plaisir à se perdre.
Perfume Genius - Glory

Sur ce septième album, Mike Hadreas se livre une nouvelle fois avec la sincérité qu’on lui connait sur ce qu’une partie de l’Amérique ne veut pas voir ni entendre, entre les violences subies dans son enfance, les revendications liées à son homosexualité et ses problèmes d’addiction. Le chanteur originaire de Seattle abandonne ses prétentions glam et pop expansives pour se recentrer sur un album à la coloration plus mesurée, où les mélodies sincères et les sonorités acoustiques tiennent le haut du pavé et expriment de la plus belle des manières cette vulnérabilité émotionnelle qui lui colle à la peau. La petite bombe indie venue des Etats-Unis a bien fait son chemin jusqu’à nous.
Karmakanic - Transmutation

Jonas Reinglod réunit ici un casting impressionnant issu des Flower Kings, The Tangent, Frost* (John Mitchell est derrière le micro) et de pointures des tournées de Steve Hackett. Du prog' pur jus avec des musiciens de haut niveau qui maîtrisent leur sujet et qui brillent sur le long morceau d'ouverture End of the Road, doté d'un beau motif de guitare, particulièrement entêtant. Séduisante sur les titres les plus mélodiques ("All That Glitters Is Not Gold" ; "Gotta Lose This Ball And Chain"), ce type d'entreprise pèche malheureusement souvent par excès, comme sur le long titre épique de 22 minutes "Transmutation", qui peine à captiver sur la durée. Karmakanic affiche toutefois de solides arguments qui devraient plaire à tout amateur de rock progressif.
IQ - Dominion

Le légendaire groupe de Southampton, fleuron du mouvement néo-progressif, rempile six années après son dernier opus (et quarante ans après ses débuts!) avec un Dominion particulièrement réussi, qui renoue avec ce que le groupe sait faire de mieux. Abandonnant les sonorités métalliques bien éloignées des sonorités originelles du groupe, IQ revient à l'essentiel avec des constructions alambiquées, épiques et mélancoliques servies par des claviers symphoniques aux textures riches. On retiendra surtout le massif "The Unknown Door" d'une durée de 22 minutes, qui offre une synthèse de tout le savoir-faire du groupe et s'assure une place de choix dans l'imposant catalogue des Britanniques. Une preuve que les pontes du néo-progressif assurent encore en 2025.
Sykofant - Red Sun

Depuis la scène Thrash Metal d’Oslo, les membres de Sykofant se sont inscrits dans le chemin du rock progressif avec premier album progressif très convaincant en 2024, dans un style à la fois moderne et revival - et même parfois Metal, si bien que leur projet de produire une nouvelle aventure en deux EP suscita notre curiosité. Les trois pièces de Red Sun tiennent toutes leurs promesses de la chaleur de "Red Sun", qui allie folk-rock à l’ambiance étatsunienne et bluesy et solo emphatique floydien évoquant Pendragon, à l’inquiétant "Ashes", qui dessine une fresque atmosphérique faite de notes éparses et des riffs agressifs rappelant la formule d’Opeth dans les années 2010. Un sommet est atteint avec "Embers" à la construction alambiquée et au rendu cinématographique. D'autant plus que magnifiquement illustré, ce premier volet rend donc impatient l'auditeur de découvrir la suite (Leaves, paru le 23 janvier 2026).
Tennis

À l’époque des reformations plus ou moins opportunistes, rares sont les groupes capables de mettre un terme à leur aventure avec honnêteté, dignité et en bonne intelligence. C’est pourtant le cas de Tennis qui, à la sortie de son septième album, annonce qu’il s’agira du dernier. Le duo formé par Alaina Moore et Patrick Riley, couple sur scène comme à la ville, préfère ainsi se consacrer à son mariage plutôt que de risquer l’album de trop.
Tennis apporte donc ici la touche finale à une carrière indie-pop entamée il y a quinze ans. Face Down In The Garden n’est sans doute pas le disque le plus marquant du duo, mais il s’inscrit parfaitement dans la continuité de leur œuvre : des chansons simples, délicatement désuètes, portées par des arrangements toujours impeccables. Classieux jusqu’au bout.
Bon Iver - SABLE, FABLE

Après ses expérimentations passées, Bon Iver sortait cette année un E.P baptisé Sable enregistré dans une cabane isolée du Wisconsin qui renouait avec un côté folk mélancolique dans la droite lignée des sonorités des premiers albums qui ont fait sa renommée. A ce côté dépouillé et intimiste, Justin Vernon apporte avec Fable un complément plus pop, rythmé et coloré avec des incursions vers la soul et le R’n’B. L’album apparait ainsi dans sa globalité comme un voyage de l’ombre vers la lumière, avec toujours une forte charge émotionnelle même si la première partie s’avère finalement de loin la plus convaincante. Un album de synthèse qui ratisse large et saura convaincre la fan-base du songwriter américain.
Basic Partner - NEW DECADE

Avec New Decade, Basic Partner signe un premier album tendu et maîtrisé, qui s’impose rapidement comme l’une des propositions post-punk françaises les plus solides du moment. Le groupe y déploie une écriture nerveuse, oscillant entre froideur mécanique et éclats plus émotionnels, portée par des guitares incisives et une section rythmique constamment sous pression, évoquant par instants la gravité d’Interpol ou la tension du Fontaines D.C. des débuts. Sans jamais tomber dans la démonstration, New Decade joue sur les contrastes : tension contenue, montées abrasives et accalmies trompeuses qui renforcent l’impact d’ensemble. Entre post-punk sombre et élans plus directs rappelant parfois Shame, l’album affirme une identité déjà bien en place et laisse entrevoir de belles marges d’évolution.
Matt Berninger - Get Sunk

Exilé dans le Connecticut et bien entouré de musiciens issus de la scène indie américaine, Berninger a apparemment bien refait surface et ne manque pas de nous offrir quelques-unes de ses compositions les plus touchantes, à l'instar du superbe mid-tempo "Frozen Oranges", aussi mélancolique qu'élégant et mêlant habilement cordes et cuivres. L'ensemble de l'album s'avère cependant sans réelle surprise pour les habitués du natif de l'Ohio et seule la fraîcheur entraînante de "Bonnet of Pins" permettra de rompre la monotonie du spleen. On gage toutefois que l'album saura une nouvelle fois trouver son public, et Berninger reste définitivement une valeur sûre.
Circuit de Yeux - Halo on the Inside

Malgré une carrière démarrée en 2008 et 8 albums parus, on doit bien vous avouer qu’on n’avait jamais entendu parler de Circuit de Yeux. Un nom de groupe trompeur à plus d’un titre puisque c’est en réalité l’alias d’une chanteuse et que celle-ci vient de Chicago. L’écoute prête à confusion également car sa voix est tellement grave qu’on pourrait être persuadé d’écouter un chanteur. Trouble toujours, puisque Haley Fohr (son nom de naissance) produit également des disques sous le nom de Jackie Lynn et change régulièrement de style : art pop, avant-folk, alt-country, darkwave, minimal wave, et industriel sont autant d’esthétiques différentes qu’elle a abordé tout au long de sa carrière. Halo on the Inside n’est peut-être pas l’album qui fait le plus honneur à son originalité mais représente une excellente porte d’entrée en appuyant les emprunts à des artistes plus établis. "Megaloner" ressemble à s’y méprendre à du Depeche Mode fin ‘80, "Canopy of Eden" et "Truth" rappellent Nine Inch Nails à son plus électronique et de manière globale on pense forcément à Chelsea Wolfe et A.A. Williams à cause des ingrédients voix féminine, musique darkwave/industrielle/gothique/doom. On n’adhère pas à tout et un agencement peu judicieux fait qu’on s’ennuie par moments à cause de morceaux trop lents et atmosphériques au milieu et à la fin de l’album, mais on vous recommande fortement l’écoute des titres qu’on a déjà cités ainsi que "Skeleton Key" et "Cathexis".
Fer de Lance - Fires on the Mountainside

Voici un album qui aurait mérité une chronique à par entière, tant Fer de Lance est parvenu à aboutir à un deuxième album maîtrisant parfaitement l'art subtil du Heavy Metal épique (très revival). Les Américains (le nom, à prononcer avec un accent d'outre-Atlantique, prête à confusion) ont en effet composé une collection de pièces denses et mélodiques, rageuses mais subtiles, qui se fondent parfaitement dans le paysage Tolkien-esque de la pochette. Les amateurs d'Iron Maiden ou de Manilla Road, ainsi que ceux de Visigoth ou de Smoulder (pour prendre des exemples plus récents) en auront pour leur argent !
Turnstile -

C’est assez cocasse de retrouver Turnstile dans un dossier « Les Oubliés », tant on a vu le groupe de Baltimore absolument partout cette année (sauf dans nos colonnes donc).
Les Américains ont frappé un grand coup avec leur quatrième album, enfonçant encore un peu plus le clou de leur hardcore teinté de pop. Une ouverture vers un public encore plus large (même Elton John les a adoubé) qui fait sans doute grincer quelques dents, mais qui peut se targuer de (re)mettre le hardcore au premier plan. Avec des prestations scéniques généralement mémorables, du Hellfest au Zénith de Paris en passant par le Tiny Desk.
The Inspector Cluzo - Less Is More

Les landais nous gratifient d'un 10ème album enregistré à Nashville avec Vance Powell (Jack White, The Raconteurs...) et il faut avouer que nos "French Bastards" tiennent une fois de plus la dragée haute aux formations américaines pour balancer un blues-rock guitare/batterie brut et accrocheur (le refrain de "Catfarm", catchy à souhait). Avec leur auto-dérision caractéristique, Laurent Lacrouts et Mathieu Jourdain invitent à revenir à l'essentiel et d'arrêter la course effrénée vers toujours plus de consommation ("Less is More", impeccable) tout en se payant le luxe de reprendre avec réussite l'un des meilleurs morceaux de Crosby, Stills, Nash and Young ("Almost Cut My Hair"). Les gascons signent un nouvel album réjouissant.
Nosound - To the Core

Cela faisait 7 ans qu'on avait rien entendu de Nosound (un pléonasme me direz-vous). La figure de proue du rock atmosphérique sur le label Kscope livre un EP surprise et revient à des sonorités plus organiques avec des titres aux formats écourtés. Délaissant les longues ambiances planantes des premiers opus mais également les expérimentations électroniques décevantes du dernier album en date, Giancarlo Erra va plus directement à l'essentiel avec cinq lamentations envoûtantes. Un très bon retour pour le groupe italien qui annonce, espérons-le, un véritable retour aux affaires et la sortie prochaine d'un nouvel album.
Psychedelic Porn Crumpets - Carpe Diem, Moonman

Avec Carpe Diem, Moonman, Psychedelic Porn Crumpets continue d’affiner sa formule psych-rock survitaminée, livrant un album foisonnant, aussi ludique que frénétique. Le groupe australien empile riffs saturés, ruptures abruptes et mélodies acidulées dans un tourbillon qui évoque autant l’urgence garage de King Gizzard que les délires plus hallucinés de Tame Impala. Fidèle à son approche maximaliste, Carpe Diem, Moonman flirte parfois avec l’excès, mais cette générosité devient rapidement sa principale force. Entre chaos contrôlé et refrains accrocheurs, l’album trouve un équilibre surprenant, confirmant Psychedelic Porn Crumpets comme l’un des groupes les plus inventifs et décomplexés de la scène australienne actuelle.
Crown Lands - Ritual I

Les cheminements esthétique de Crown Lands ne cesseront jamais de surprendre. Après un premier album très inspiré par Led Zeppelin (Crown Lands, 2020) puis un second imitant avec excellence Rush (Fearless, 2023), le groupe nous accueille avec les bruits d’oiseaux et les nappes atmosphériques pour laisser petit à petit la place à une rythmique chamanique. L'EP Ritual I évoque en effet Tangerine Dream mais surtout Popol Vuh par son mélange entre l’esthétique planante et les musiques de monde, en l’occurrence amérindiennes, qui font référence aux racines des membres du combo et à leur célébration des Premières Nations autochtones canadiennes. Les instruments à vent hypnotiques, les rythmiques mystérieuses, l'ambition méditative ont pris la place des riffs incisifs : une prise de risque puisque le groupe finit par rendre ses compositions répétitives à la manière d’une musique d’ambiance. Ambitieux mais déroutant.
Crown Lands - Ritual II

En publiant la même année les deux volets mystiques de Ritual, Crown Lands vient enrichir une discographie d'un volet musique méditative à la manière de Popol Vuh. L’audace était réelle, mais le résultat de Ritual I peinait à convaincre si bien que l’idée d’en publier un second volume pouvait paraître saugrenue. Cependant, Ritual II parvient à pallier les faiblesses de son prédécesseur en étant plus varié, plus mélodique et marginalement plus rock : "Tempest" insiste davantage sur la lutherie électronique et sur la guitare électrique mélodieuse ; l'instrumentation est plus variée (le xylophone sur "Respite") et s’inspire d’autres influences musicales (orientales sur "Mirage" - un écho fortuit à Camel). "Shadows under Moonlight" resplendit par ses arpèges subtils, tandis que son homogénéité ne confine pas à la lassitude grâce à un beau travail sur les mélodies et les percussions. Ce second EP apporte donc un peu plus de pertinence à l’entreprise chamanique de Crown Lands, qui doit être considérée pour ce qu’elle est : un intermède avant la sortie d’un véritable album que le groupe a déjà annoncé comme étant dans la lignée de son précédent chef-d’œuvre.
Ethel Cain - Willoughby Tucker, I'll Always Love You

Second projet réalisé par la multi-instrumentiste Ethel Cain pour 2025, Willoughby Tucker, I'll Always Love You démontre une nouvelle fois le talent de l'américaine pour faire naviguer sa mélancolie dans de longues compositions réverbérées, entre folk, dream-pop et slowcore. L'album rebute un peu à la première écoute à cause de sa construction atypique, avec ces pistes instrumentales, énigmatiques, disséminées un peu partout (et dès le second titre), mais la cohérence de l'ensemble finit par doucement se révéler pour quiconque osera soutenir son attention. On préfèrera cependant l'EP Perverts, sorti en janvier de la même année, bien plus sombre mais paradoxalement bien plus facile à appréhender.
Parcels - LOVED

Parcels nous offrait avec LOVED la véritable pépite feel good de l'année. En renouant avec leurs origines funky, pétillantes et volontairement moins sophistiquées, nos cinq Australiens retrouvent l’élan organique de leurs débuts : des grooves souples, des lignes de basse solaires et cette écriture faussement simple qui fait mouche sans forcer. Ce troisième album respire la spontanéité et le plaisir du jeu collectif et se permet quelques trouvailles bienvenues, notamment dans les textures vocales et les arrangements. Si l’usage parfois appuyé de l’autotune pourra en dérouter certains, il s’inscrit ici davantage comme un outil ludique que comme une béquille, venant colorer l’ensemble sans en altérer la chaleur. Porté par une énergie communicative et une cohérence d’ensemble évidente, LOVED s’écoute avec une facilité presque déconcertante, et laisse derrière lui ce sentiment rare d’un disque qui n’a pas besoin d’insister pour séduire.
SPRINTS - All That Is Over

Le quatuor dublinois SPRINTS avait ouvert le bal l’an dernier avec Letter to Self, une première missive abrasive qui confirmait tout le potentiel de leur punk-pop garage, aussi frontal que viscéral. Avec une tournée mondiale marathon dans son sillage — plus de cent dates en 2024, et déjà une cinquantaine cette année — on n’imaginait pas forcément le groupe revenir aussi vite sur le devant de la scène. All That Is Over n’a pourtant rien d’un disque pressé ou de transition : il sonne au contraire comme un album de consolidation, plus dense, plus affirmé, où l’urgence se double d’une vraie maîtrise.
Dès "Descartes", SPRINTS retrouve les ambiances bruitistes et frontales qui faisaient la force du premier album, quitte à flirter ouvertement avec certaines évidences — une guitare volontiers pompée à IDLES — mais l’exécution reste implacable. La voix rageuse de Karla Chubb continue de porter l’ensemble à bout de bras, oscillant entre tension contenue et explosions cathartiques. On note également une influence bluesy plus marquée, rappelant par endroits BRMC, notamment sur "Rage", dont le riff poisseux et répétitif épaissit la matière sonore sans jamais alourdir le propos. Plus sombre, plus rugueux, All That Is Over élargit le spectre de SPRINTS sans renier sa hargne initiale, confirmant un groupe qui transforme l’intensité de la route en une énergie brute, cohérente et toujours aussi percutante.
Jesse Sykes & The Sweet Hereafter - Forever, I’ve Been Being Born

Quatorze ans après son dernier album, Jesse Sykes, figure d'une americana fragile et hantée basée à Seattle, s'allie une nouvelle fois à son camarade Phil Wandscher pour un cinquième album très intimiste. Enregistré sans section rythmique, ce nouvel opus est assurément le plus délicat et épuré du duo, reposant plus que jamais sur les nuances d'émotivité déployées par ll'Américaine et par l'inventivité de son fidèle guitariste qui n'a pas son pareil pour habiller les compositions et la mélancolie brumeuse et maladive des dix titres présentés. Sans jamais chercher la surenchère de pathos, Forever, I’ve Been Being Born parvient à émouvoir dans le dépouillement avec la beauté désolée de ballades douloureuses qui peuvent également compter sur la participation de Marissa Nadler pour toucher au cœur. Le titre éponyme en particulier, sombre et lancinant, comme hors du temps, est particulièrement marquant.







