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Critique d'album

Kiss


Symphony Alive IV


(22/07/2003 - - - Genre : Hard / Métal)
Produit par Mark Opitz

Note de /5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"La musique est une révélation plus haute que toute sagesse et toute philosophie."
Daniel, le 15/09/2026
( mots)

Ludwig

Si l’on en croit les aventureuses "théories anthumes" de notre excellent rédacteur en chef, il est possible que la surdité de Ludwig van Beethoven (1)  ait été consécutive à une écoute prolongée de cet album en public. 

Le point de vue est flatteur pour Kiss mais, admettons-le, il n’est pas partagé par tous les historiens de l’art.

Prélude – ceux et celles que les préludes ennuient zapperont le prélude

On sait que les rockers nourrissent un relatif complexe vis-à-vis de la musique dite classique. On sait aussi que le mariage entre les deux univers – qui s’entendent le plus souvent comme chien et chat – a engendré bien plus de tragédies que de franches réussites. 

Pour n’offusquer personne, je ne citerai évidemment pas Days Of  Future Past de The Moody Blues, Yellow Submarine de The Beatles (2), Live: In Concert with the Edmonton Symphony Orchestra de Procol Harum, Concerto For Group And Orchestra de Deep Purple, Salisbury de Uriah Heep, Atom Heart Mother de Pink Floyd ou, bien pire encore, S&M de Metallica.

Pied dedans, pied dehors

Or donc – on s’en souvient – Peter Criss est parti fâché durant l’épisode précédent (3). 

Et Catman est remplacé par Eric Singer qui va se déguiser en Catman quelques saisons durant.

Peter Criss annonce ensuite son retour et Eric Singer, habitué à son statut d’intermittent masqué du spectacle, rentre ses griffes et s’éclipse poliment.

Catman redevient Catman.

Tout porte alors à croire que le groupe originel va pouvoir réaliser son Magnum Opus, un délire tonitruant mariant la musique classique et le hard-rock, un missile sonique inattendu destiné à élever Kiss vers des sommets encore jamais explorés par l’oreille humaine.

Mais Ace Frehley quitte le groupe.

Et Spaceman est remplacé par Tommy Thayer qui se déguise en Spaceman (4).

Le Magnum Opus sera finalement l’œuvre d’un quatuor inédit…

La vertu est dans l’action (5) 

Le choix de l’Australie (et en particulier de Melbourne) est dicté par les ventes des derniers albums du groupe. Malgré sa nette baisse de régime, Kiss est resté extrêmement populaire au pays des kangourous.

Pour respecter une structure de facture classique, Alive IV est organisé en trois actes contrastés.

L’acte 1 propose six titres exécutés par le quatuor électrique seul en scène. L’acte 2 comporte cinq titres en version acoustique avec le soutien du Melbourne Symphonic Orchestra réduit ici à un duodécimor. L’acte 3 voit l’orchestre, au grand complet cette fois, venir en contrepoint d’une version électrique et pyrotechnique pleine puissance de dix classiques apocalyptiques du groupe.

Une fois n’est pas coutume, les images (6) apportent une dimension supplémentaire à la musique (d’excellente facture au demeurant) car tous les musiciens classiques (comme leur chef  d‘orchestre) sont maquillés en Kiss. 

L’effet est particulièrement saisissant quand on observe l’ahurissante ressemblance physique entre Wilma Smith (7), la magnifique première violon (grimée en The Demon), et Gene Simmons. Lorsque le bassiste débarque sur scène côté jardin, il marque un temps d’arrêt, subjugué de contempler sa copie conforme en robe longue. Il déclarera plus tard (je cite de mémoire) : "C’était moi, mais en fille. Et c’est probablement dommage pour une fille de ressembler à Gene Simmons..."

Anecdotes mises à part, le projet était un exercice d’équilibre périlleux et le résultat est extraordinaire. Littéralement porté par l’orchestre symphonique, Kiss se montre à son tout meilleur. Professionnels jusqu’au bout des ongles (noirs), Paul Stanley et Gene Simmons dirigent le petit monde horrifique et enchanté à la baguette. Parfaitement coaché par l’entourage du groupe, Peter Criss, tout sourire, resplendit et se montre excellent derrière son drumkit. Et Tommy Thayer se fond dans le personnage de Spaceman, parvenant  à se montrer convaincant en posant son propre jeu, dans lequel il intègre des soli dans le style de Ace Frehley ou de Bruce Kullick, en fonction des époques. 

Le chef d’orchestre David Campbell a eu l’intelligence de composer un accompagnement orchestral qui s’harmonise aux titres rock. Il n’y a ni conflit territorial ni lutte égotique et le mariage très réussi apporte une dimension inattendue à des compositions qui paraissent d’ordinaire "rustres" aux oreilles de musiciens avertis. 

A ce titre l’homme mérite d’être loué pour son approche. Il en va de même pour le producteur Mark Opitz (AC/DC, Rose Tattoo, INXS, Flash And The Pan, …) qui est parvenu à capter et mettre harmonieusement en boîte les délires électriques des kabukis, les riches subtilités de l’orchestre et la complicité d’un public australien en parfaite communion.

L’enthousiasme non feint des musiciens fait vraiment plaisir à voir. Il est évident que la présence des caméras invite toujours à en faire « un peu plus » mais le spectacle est authentiquement "bigger than life" et chacun interprète son rôle avec un professionnalisme qui inspire le respect.

Nullement impressionnés par le déluge de feu, de fumée, d’éclairs et de décibels, les musiciens et musiciennes classiques semblent beaucoup s’amuser du spectacle inhabituel dont ils et elles sont parties prenantes.

Il y a clairement mariage et communion, un joli moment suspendu entre un savoir-faire ancestral et académique et le plus énorme barnum rock connu. 

Même s’il est « différent » (et unique) dans sa conception, Alive IV est assurément un des tous meilleurs albums de Kiss. 

A consommer sans modération...

Juke-Box Hero

Le début des années 2000 coïncide, pour la musique du diable, avec un changement de paradigme lié à la dématérialisation de la musique. Dans le passé, les ventes d’albums remplissaient la tirelire et les tournées étaient souvent une entreprise économiquement hasardeuse. Dorénavant, les albums deviennent quasiment une anecdote et un énorme public nostalgique se dit prêt à débourser des petites fortunes pour célébrer sa jeunesse perdue au milieu de stades gigantesques.

Le succès public des concerts et le comportement « économique » des fans incite Paul Stanley à la réflexion. Il conclut de son expérience personnelle qu’il est plus rentable pour un groupe de tourner sans cesse en jouant ad libitum la même set-list plébiscitée par les acheteurs de tickets plutôt que de perdre son temps à enregistrer du matériel inédit. 

Et il aura cette phrase définitive : « Quand on joue un nouveau titre sur scène, le public – qui n’en a rien à battre – file en masse en direction du bar ou des chiottes. »

Kiss va bientôt devenir son propre juke-box éternel jusqu’à définir une "conduite" de concert "best of" qui sera figée au geste près afin de répondre aux attentes exclusives d’un public devenu intergénérationnel. Durant les vingt années qui suivront, le groupe hantera sans cesse les plus grandes scènes du monde entier pour proposer une "expérience" plus proche du rituel sacré que de la créativité. 

Les kabukis sortiront encore, en 2009 et 2012, deux maigres opus enregistrés en studio.

Mais ça, garçons et filles, c’est une autre histoire...

A suivre...

Sélection

Les petits rockers pressés choisiront le fabuleux DVD et regarderont prioritairement "Psycho Circus" (version atomique) dans l’Acte Un, "Sure Know Something" dans l’acte 2 et "God Of Thunder" (sublime et monstrueux de bout en bout) dans l’Acte Trois. 


(1) On aperçoit la frimousse iconique (et masquée) du vieux maître un peu partout sur l’artwork de Alive IV.

(2) Je pense ici à la face B de l’opus, signée par George Martin. The Beatles ne s’étaient guère investis dans l’aventure psychédélique du sous-marin jaune et leur producteur avait profité de l’espace créatif qui lui était réservée "par défaut" pour se fendre de quelques compositions classifiantes de son cru.

(3) Catman avait détruit son drumkit en 2000, durant la tournée des adieux.

(4) Durant la tournée précédente, Tommy Thayer était grimé chaque soir en Spaceman dans les coulisses pour remplacer Ace Frehley au pied levé quand celui-ci s’absentait sans prévenir. 

(5) Je n’ai pas inventé la formule. Le texte en latin figure sur le blason autour duquel s’articule l’artwork de l’album.

(6) Je déteste les concerts filmés mais, dans ce cas de figure, je recommande chaudement le DVD qui est, par ailleurs truffé de bonus.

(7) Originaire des Îles Fidji, Wilma Smith et a été élève de Yehudi Menouhin et est considérée comme une référence dans son pays-continent. L’image de son visage aux côtés de celui de Gene Simmons reste à mon sens un des moments les plus improbables de l’histoire du rock. Si la musique classique vous démange et que vous ne craignez pas les voyages, Wilma enseigne aujourd’hui l’art du violon à l’Université de Melbourne.


Cette 170ème chronique pour AlbumRock a été rédigée en chemise à jabot et queue de pie puis orchestrée à la baguette. 

Je dédie ces lignes à la mémoire de Pim Pam Pet et à tous ceux et toutes celles qui se dévouent encore pour venir en aide aux autres dans un monde où l’individualisme est érigé en vertu cardinale, au nom d’un dogmatisme capitalistique assez puant.

Je remercie les adorables lecteurs et lectrices qui corrigent mes textes, la femme qui partage ma vie et ma brave Gupette qui sursaute à chaque explosion sur l’écran de la télévision puis aboie quand Gene Simmons joue l’intro de "God Of Thunder".


 

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