The Dear Hunter
Salle : Le Petit Bain (Paris)
Première partie :
Il y a des concerts qui font rêver et d’autres qui se méritent. Celui de The Dear Hunter au Petit Bain appartient assurément à cette deuxième catégorie, tant il aura fallu s’armer de patience avant de voir enfin débarquer le combo américain dans nos contrées. En 2023 déjà, le groupe s’était lancé dans une tournée européenne exceptionnelle, enchaînant les dates au Royaume-Uni avant de faire escale aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suisse et même en Italie, contournant soigneusement l’Hexagone. Le public français a visiblement fini par se faire entendre : Casey Crescenzo et sa bande annonçaient alors, en grande pompe, leur toute première venue à Paris pour septembre 2025. Une date malheureusement repoussée d’une année supplémentaire, jusqu’à ce fameux samedi 26 septembre 2026.
Il faut croire que la rareté de l’événement aura su être appréciée à sa juste valeur par les aficionados du groupe, nombreux à arborer fièrement leurs T-shirt de TDH devant la petite salle parisienne. Il suffit d’apercevoir l’imposante file d’attente longeant les quais de Seine sur plus d’une centaine de mètres pour comprendre que la soirée affiche complet. Beaucoup d’étrangers semblent d’ailleurs avoir fait le déplacement jusqu’à la capitale pour assister à ce rendez-vous particulièrement attendu.
C’est au quatuor français Powels que revient la tâche de débuter la soirée. Avec son univers naviguant entre surf rock et jangle pop, teinté d’influences funk et jazz, le groupe offre un agréable moment de décontraction et de jovialité. Une mise en bouche légère et bienvenue avant l’arrivée des têtes d’affiche.
Les cinq membres de The Dear Hunter finissent par investir la scène aux alentours de 21 heures, avant d’entamer les hostilités avec plusieurs titres de leur dernier opus, Sunya. Le très dynamique "Marauders" donne le ton en ouverture de set, tandis que "Ring 7", issu quant à lui d’Antimai, déploie plus tard son groove funky et son énergie contagieuse. L’occasion de constater à quel point les morceaux issus de ces deux albums s’intègrent harmonieusement au répertoire du groupe, chacun participant à sa manière à développer l’univers de l’Indigo Child, nouvelle fresque ambitieuse initiée en 2021 par une formation décidément adepte de concepts foisonnants emplis de fantasy.
Certains morceaux ("Ring 4 - Patrol") gagnent même en impact par rapport à leur version studio, quant d’autres se révèlent comme de véritables parenthèses émotionnelles à l’image de la suite "The Glass Desert II et III", dont l’interprétation scénique me ferait presque revoir à la hausse mon jugement du dernier opus.
Une réussite que l’on doit avant tout à la dextérité du quintette, qui impressionne par sa justesse, son sens du détail et sa qualité d’exécution. Casey Crescenzo, particulièrement charismatique et doté d’une présence vocale saisissante, confirme une fois encore son statut d’homme-orchestre. Il troque régulièrement sa guitare contre les claviers ou le talkbox, générant ainsi des sonorités et des atmosphères toujours singulières. Une démonstration de maîtrise qui ne tombe jamais dans la froideur technique, tant le groupe parvient à conserver une véritable dimension organique dans son interprétation.
Si cette nouvelle fresque fantastique de The Dear Hunter s’avère en tout point recommandable, les créations les plus marquantes des Américains restent sans hésitation à chercher du côté de leur imposante hexalogie éponyme, les fameux Acts I à V. La foule ne cache ainsi pas sa joie lorsque retentissent les premières notes de "Wait". Pour le plus grand plaisir du public, le groupe puise largement dans les désormais incontournables Acts IV et V, offrant une belle sélection de titres issus de cette période particulièrement riche de sa discographie.
Difficile, encore une fois, de reprocher quoi que ce soit au groupe, tant la restitution sonore se révèle à la hauteur de l’événement. On pourra néanmoins regretter que les albums en question ne retrouvent pas toute la majesté de leurs versions studio, lesquelles fourmillent de détails et bénéficient d’une dimension symphonique difficilement reproductible sur scène avec de simples samples en arrière-plan. Un écart finalement bien compréhensible au regard de l’ambition orchestrale de certaines compositions.
Des réserves mineures au regard de la qualité générale du spectacle, porté par une set-list particulièrement équilibrée et cohérente, et surtout retranscrit avec panache et passion par Crescenzo et ses acolytes. La soirée se révèle d’autant plus appréciable qu’elle permet de découvrir un groupe à la fois humble, accessible et surtout particulièrement drôle, les musiciens multipliant les interactions spontanées avec un public visiblement conquis. Ce dernier ne manque d’ailleurs pas de faire comprendre qu’il espère ne pas devoir patienter à nouveau plusieurs années avant de revoir The Dear Hunter fouler une scène française. Le message semble être passé : dans un moment d’euphorie communicative, Casey Crescenzo annonce tout sourire qu’un nouvel album est prévu dès 2027. Le rendez-vous est pris !
Encore un concert d’exception au Petit Bain, une salle qui s’est progressivement forgé une solide réputation grâce à une programmation toujours aussi avisée. Un concert qu’il aura donc fallu mériter, mais une attente qui, au terme de cette soirée, en valait largement la peine.
Setlist :
- Marauders (Sunya)
- The Bazaareteria (Sunya)
- Ring 7 - Industry (Antimai)
- Wait (Act IV)
- The Most Cursed of Hands (Act V)
- The Glass Desert II - Cliffs and Stormlands (Sunya)
- The Bitter Suite IV and V: The Congregation and the Sermon in the Silt (Act IV)
- At the End of the Earth (Act IV)
- Ring 5 - Middle Class (Antimai)
- Ring 4 - Patrol (Antimai)
- The Revival (Act V)
- The Glass Desert III - The Plains (Sunya)
- Waves (Act IV)
- Sunya (Sunya)







