Charlie Winston
Salle : Estivales en Savoie (Chambéry)
Première partie : Yael Naim, Mélissa Laveaux
Tous les étés depuis 2003, le département de la Savoie organise un festival gratuit dans la cour du château des ducs de Savoie à Chambéry. Un beau rendez-vous dans un cadre historique majestueux auquel votre serviteur est fidèle depuis des années. Tous les genres musicaux sont représentés et cette année, les trois artistes rock choisis ont pour point commun d’avoir commencé leur carrière (et connu un gros succès commercial pour deux d’entre eux) il y a une vingtaine d’années. C’est donc assez logiquement un public de quarantenaire qui est venu en majorité pour écouter Yaël Naïm et Charlie Winston. Autre point commun entre ces deux artistes : le fait d’avoir vendu en masse l’album qui les a fait connaître, mais beaucoup moins les suivants, un détail qui aura toute son importance pour expliquer les réactions du public.
Mercredi 1er juillet, Yaël Naïm annoncée à 21h se fait attendre une bonne demi-heure, malgré un public qui fait du bruit dans l’espoir de la faire arriver sur scène. On entend quelqu’un dire qu’elle attend peut-être qu’il fasse un peu plus noir pour démarrer, hypothèse plausible étant donné que son show propose beaucoup de lumières et de mise en scène. En attendant les fumigènes inondent l’espace quand deux musiciens tout de blanc vêtus arrivent enfin : l’un se chargera de la batterie et l’autre de tout un arsenal de synthétiseurs. Yaël suit en robe blanche et porte même un voile de mariée ! La mise en scène est belle et travaillée, Naïm chante superbement bien, explique l’origine des textes des chansons qu’elle s’apprête à interpréter, sautille et cherche à ambiancer le public. Pourtant celui-ci reste mou, peu réceptif. La raison ? Elle joue essentiellement son nouvel album qu’une majorité du public présent ce soir n’a probablement pas écouté. Les gens sont massivement venus par nostalgie du disque qui l’a fait connaitre et se souviennent d’une artiste pop-folk. Or Solaire est très synthétique et la voit essayer de coller à l’air du temps, imitant les pop stars actuelles à coups de beats, d’autotune, de rap et de paroles superficielles. "Wow" en représente le paroxysme, et si toutes les minauderies avec lesquelles elle débute et termine la chanson laissent imaginer qu’il s’agit d’une parodie de ces chanteuses à succès, on ne peut s’empêcher de penser que Yaël Naïm prend également du plaisir à faire ce genre de musique sans second degré. Son tube "New Soul" est attendu avec impatience, mais c’est dans une version totalement réinterprétée qu’il sera joué. Malgré tous ses efforts, la diva israélienne ne parviendra pas à embarquer le public dans son nouvel univers, et fait rare, il n’y aura même pas de rappel ! Elle ne leur en tiendra pas rigueur, invitant tous ceux qui le souhaitent à venir la voir après le concert.
Vendredi 3 juillet c’est au tour de Mélissa Laveaux de monter sur la scène du château. Moins célèbre que Yaël Naïm, la canadienne attire quatre fois moins de monde à vue d’œil. Avec un public clairsemé, c’est pourtant quatre fois plus d’ambiance qu’elle arrivera à mettre ! Dès le premier morceau, c’est un son énorme qu’envoie son groupe : batterie puissante, basses jouées à la guitare basse ou aux synthés et deux guitares dont celle de Mélissa, au look aussi remarquable qu’elle sonne bien. C’est d’ailleurs l’intégralité du look de Laveaux qui est remarquable : petit chapeau d’hôtesse de l’air (pour ressembler à Britney Spears dans le clip de "Toxic" nous dit-elle), longues tresses avec rajouts dorés, veste en jean, jupe noire et tatouages révèlent une vraie esthète. L’histoire du chapeau le laissait déjà paraître, Mélissa est particulièrement drôle et prend le temps de nous raconter la raison d’être de chaque chanson avant de la jouer. Elle nous révèle que dans son nouvel album elle raconte toutes les fois où elle a frôlé la mort et décrit chaque évènement avec une vraie science du stroytelling. Sa voix qui est un des éléments qui marque et séduit en général le plus ceux qui la découvrent impressionne encore plus live, notamment pour la puissance dont elle est capable. Les incontournable de sa carrière sont joués (l’indie rock "Postman" et et le créole "Nan fon bwa") et devant leur évidence on se dit que ces deux titres devraient être d’énormes tubes. Cette fois c’est un public chaud bouillant qui est laissé au terme de sa prestation et le rappel sera inévitable.
Mardi 7 juillet, troisième et dernier concert rock de cette 23ème édition du festival avec Charlie Winston. Un fond à base de formes rectangulaires, basique en apparence, permet de créer de très belles ambiances en y projetant divers lumières. Comme pour Yaël Naïm, le public présent a essentiellement retenu son album Hobo et son hit éponyme sans forcément suivre sa carrière derrière. Lui aussi a choisi de mettre à l’honneur principalement son dernier album, mais à la différence de l’Israélienne, le britannique a poursuivi dans un style similaire à ses débuts et parvient à embarquer le public dans ses nouvelles compositions qui, ils faut bien l’avouer, accrochent immédiatement. Il arrive donc à nous faire chanter des morceaux que la plupart d’entre nous entendent pour la première fois. On sent chez Winston un véritable plaisir à être sur scène et dès la première chanson on le verra faire le pitre, tournoyant avec sa guitare pour illustrer "Dance With You", partir sur des mouvements de danse hip hop sur "Kick out of You" ou encore prendre un bain de foule sur "Never Enough". Au fil des morceaux, Charlie passe aux claviers, puis aux percussions et même à la basse (pour "In Your Hands") avec la même aisance, montrant l’étendue de son talent. C’est cependant au piano qu’il se montre le plus virtuose et ce sont souvent ces chansons qui sonnent les mieux, la richesse apportée par le clavier se révélant plus complémentaire que deux guitares. Chacun des musiciens qui l’accompagne participe aux chœurs, apportant une touche blues ou pop selon les titres. Conscient du fait que "Like a Hobo" est le titre le plus attendu, Winston le garde pour le rappel et en propose une version qu’il fait durer, avec notamment une intro du plus bel effet évoquant les westerns spaghettis. Le concert se termine sur "Mars", superbe composition issue du dernier albums aux envolées épiques presque floydiennes.







