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Compte-rendu de concert

Robert Jon & The Wreck


Date : 26/10/2026
Salle : Spirit Of '66 (Verviers (Belgique))
Première partie :

 

 
Daniel, le 29/10/2026
( mots)

Robert Jon & The Wreck

Date : 26/10/2026
Salle : Spirit Of ‘66 (Verviers - Belgique)

Respect et prophétie 

Un jour, il se lèvera un collectif qui réunira les fonds destinés à ériger une statue à la gloire de Francis Géron (quatre-vingts printemps aux prochaines fraises) sur la Place du Martyr à Verviers (Belgique).

Sur le piédestal en marbre, il sera gravé "Bienfaiteur de l’Humanité Rock". Et ce sera le meilleur hommage que l’on puisse rendre à un fou furieux qui aura passé l’essentiel de son existence à assourdir méthodiquement les oreilles de milliers de petits rockers enthousiastes.

Avec sa jauge réduite de 300/350 personnes (en tassant vraiment bien dans tous les coins), le Spirit Of ‘66, élu meilleur club européen pour la promotion de la musique live américaine, existe depuis 31 ans et programme en moyenne une quinzaine de concerts rock par mois dans un amusant décor proto-californien patiné par le temps. 

Les loges, pour le moins rustiques (1), ont accueilli dans leur confort austère Paul Rodgers, Alvin Lee, Pat Travers, Saga, Wishbone Ash, Pendragon, Canned Heat, Camel, Nazareth, Focus, Caravan, Magma, Ange, Molly Hatchet, Uriah Heep, Marillion, Manfred Mann, Rose Tattoo, Carl Palmer, Rod Argent, Colin Blunstone, Ian Paice, Leslie West, Pavlov’s Dog, …

Même si le quartier (rénové après les inondations de 2021) n’est pas forcément le plus foufou, le Spirit est un de ces endroits où je me sens le mieux au monde. Vraiment.

Alors, je leur souhaite l’éternité ! Au Spirit et à Francis !

Nine lives

C’est avec un immense bonheur que je retrouve la salle magique (sa bière fraîche et son chaleureux accueil familial) pour le neuvième (!) concert verviétois de Robert Jon And The Wreck.

Ce sera également le dernier concert européen du groupe en 2026.

J’ai déjà eu l’occasion de voir les Californiens cette année (en mai à l’Ancienne Belgique) mais la salle bruxelloise leur avait réservé un son plus que moyen. 

Le bonheur de se retrouver dans un club est que l’on peut se glisser au pied de la petite scène. A un mètre des musiciens. Et ça, c’est un vrai bonheur. On devine même les craquements du plancher quand le groupe s’installe.

Robert Jon And The Wreck vont délivrer ce soir le meilleur concert de mon année 2026. Et de loin. Histoire de marquer le souvenir, il y aura bien quelques problèmes de larsen durant les premiers titres (2) mais l’ensemble sera limpide et proprement extraordinaire. Il y a une magie "Spirit" qui fait que les groupes peuvent vraiment entrer en communion avec un public de passionnés. 

Vu de près, le décalage entre les looks hétéroclites des musiciens reste ahurissant. Chapeau vissé sur la tête, Robert Jon s’inscrit parfaitement dans le style southern rock. Le batteur arbore une tête à la Casa de Papel. Le bassiste expose toujours son étrange profil de mannequin Vidal Sassoon. Et le claviériste n’a aucun style particulier. 

Mais le guitariste reste à mes yeux une énigme absolue : pâle comme un cachet d’aspirine, membré comme une tringle à rideau Ikea, fringué comme l’as de pique, moustachu comme un aide-comptable et arborant une ahurissante coupe afro, ce mec est complètement habité. A vingt-neuf ans, Henry James Schneekluth est – allons-y gaiement ! – le meilleur guitariste classic rock actuellement en activité. Toutes catégories confondues. J’en arrive à le haïr tellement la fluidité et l’inspiration de son jeu semblent naturelles. Au même titre que la musique de Wagner donnait l’envie à Woody Allen d’envahir la Pologne, Schneekluth me donne juste l’envie de détruire ma collection de guitares. 

Petit conseil aux groupes de rockers : si vous avez un génie pareil dans vos rangs, étranglez-le immédiatement pour qu’il ne parte jamais dans un autre groupe !

Même s’il répète certains patterns d’un titre à l’autre, il est impossible de dire avec précision quel style le volubile bonhomme pratique avec sa Gibson SG cornue. Lui-même n’en a probablement pas la moindre idée. Il parle vaguement d’un "California rock", c’est-à-dire un mélange improbable (parfumé aux champignons cultivés à Laurel Canyon) d’americana, de rhythm and blues, de funk, de country et de pop.

Un bonheur absolu !

Patinée par les sables d’un désert western imaginaire, la puissante voix de Robert Jon Burrison, souvent soutenue par des harmonies vocales impeccables, nous conte avec l’emphase typique du style, les heurts et malheurs chers au southern rock, entre femmes fatales, ruptures tragiques, errances sans fin, bourbons de contrebande et autoroutes qui ne conduisent jamais vraiment nulle part.

La très généreuse set-list (qui sera déclinée en deux parties) explore un répertoire déjà riche de dix albums studio avec, comme somptueux points d’orgue, le fabuleux "Cold Night" (en rappel), le tubesque "Stone Cold Killer" et l’ineffable "Oh Miss Carolina" repris ad libitum en chœur par le parterre.

Oh, Miss Carolina
Oh, Miss Carolina
Where have you been?
Oh, Miss Carolina
Oh, Miss Carolina
Where have you been? 

Les aficionadosdu groupe sont aux anges. Les nouveaux venus sont conquis. 

Le titre "Cold Night" (dans sa version scénique) mériterait une chronique à lui seul. L’interminable et furieux dialogue entre Schneekluth et son claviériste, reste un pur moment d’anthologie. Mon petit corps de vieux rocker en tremble encore d’émotion. On ne peut ressentir ça que dans un club où l’audience porte les musiciens littéralement à bout de bras, les encourageant à poursuivre jusqu’à ce que tout le monde, groupe comme spectateurs, se retrouve exténué et décide d’abandonner le combat pour aller commander une bière au bar. 

Un moment définitivement biblique. Un de plus...

J’adore quitter une salle en observant des rockers qui arborent des sourires heureux et un peu idiots. 

Et en croisant mon reflet dans un miroir, je me suis rendu compte que je faisais partie des plus idiots et des plus souriants du lot. 

Cool soirée...

(1)  J’ai eu l’immense honneur de jouer sur cette scène mythique en 2008, ce qui m’a donné l’occasion de visiter les loges sacrées du Spirit. Accessibles depuis le côté cour de la scène par un petit escalier assez raide, elles sont situées en cave (je déconseille les lieux aux claustrophobes) et leurs murs sont truffés de souvenirs inouïs (dédicaces, dessins, autocollants, citations, …).

(2) Le phénomène est rarissime dans la salle. C’est le branchement du micro personnel de Robert Jon sur la sono du Spirit qui posait problème. Francis Geron m’a expliqué durant l’entracte qu’il ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam ce modèle particulier et que, faute d’un soundcheck approfondi, il a éprouvé un peu de peine à maîtriser avec exactitude les réglages de fréquences.  

Mes remerciements émus vont à oFF, l’harmoniciste de gUsgUsgUs, et à Lulu, agent infiltré, qui ont accepté de quitter (momentanément) leur petit village pour m’accompagner et découvrir le club le plus mythique du pays. Les Ardennais sortent peu de chez eux mais, lorsqu’ils sont en goguette, leur appétit de découverte est sans fin (et sans faim). La soirée s’est poursuivie par l’ingestion d’un monstrueux "canadian burger" (sic) de 500 grammes (re-sic) dans un étrange établissement à la déco glacée un peu "brutaliste"… Burp.

 

 
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