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Critique d'album

Peter Criss


Kiss


(16/09/1978 - - Rock - Genre : Pop Rock)
Produit par Vini Poncia

Note de /5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Curiosity kills the cat... "
Daniel, le 30/03/2026
( mots)

Dix ans...

Le rock n’est pas avare de destinées tragiques. 

Fin 1972 - "EXPD. ROCK & roll drummer looking for orig. grp. doing soft & hard music. Peter, Brooklyn.

L’annonce publiée dans Rolling Stone (édition Côté Est) par George Peter John Criscuola, fils aîné d’une famille italienne et fan invétéré de l’intouchable Gene Krupa (1) est – déjà – un acte désespéré. Le gaillard a vingt-sept ans et il n’est même pas mort. Et tous les projets plus ou moins rock auxquels il a participé ont échoué. Il s’est juste fait un bon pote en la personne de Stan Penridge.


Maigre.

Contacté par Gene Simmons, Peter Criss se montre vaguement sceptique quant au "projet Kiss" d’autant plus que – et c’est plutôt vexant pour un batteur qui se considère comme un professionnel – il est engagé parce qu’il chante "un peu" comme Wilson Pickett. Mais comme le bonhomme se trouve dans une impasse, il s’engage corps et âme dans l’aventure.

Mai 1982 – Après avoir participé comme simple faire valoir sur le tournage du tournage du clip tourné pour le titre "Shandi" (single de l’album Unmasked), Peter Criss est sèchement viré comme un malpropre. Il n’emporte que sa petite valise de maquillage et disparaît dans la nuit…

… puis une vie en roller coaster

Les dix années écoulées ont conduit le gamin d’une famille immigrée jusqu’à la Voie Lactée, avant de le voir déchoir dans tous les excès rock possibles et se faire "licencier" par ses pairs.  

C’est peut-être le pire roller-coaster émotionnel que l’on puisse imaginer.

On sait déjà qu’au mitan des seventies, Kiss est devenu le groupe rock le plus influent des États-Unis. Et "Beth" est définitivement le single le plus célèbre du quatuor. Co-composé par Peter Criss et son pote Stan Penridge, il a été enregistré par Catman en solo, en l’absence remarquée des trois autres masqués. 

Triomphe absolu. D’un homme déjà très seul.

Il est clair que l’ego du batteur a explosé ce jour d’août 1976 où "son" titre (2), superbement produit par Bob Ezrin, est entré dans la légende. Au plus grand dam de Demon et de Starchild. Ce succès (improbable) va signer la fin de tout esprit de camaraderie au sein du quatuor. La suite sera une suite de dégringolades et de décisions malheureuses.

Le problème est d’autant plus aigu que Peter Criss enchaîne les interviews où il déclare qu’il en marre de se dissimuler derrière un masque et qu’il ambitionne de proposer une musique plus savante que le  "Poum-Tchac, Poum-Poum-Tchac" auquel l’astreint la discipline artistique simpliste de Kiss.

Craignant de perdre ce groupe qui est son unique poule aux œufs d’or, Casablanca Records va alors concevoir une idée vraiment démoniaque. Comme les quatre kabukis en sont arrivés à se détester plus vite et plus fort que The Beatles (leur exemple rock), la firme de disques propose que chacun des musiciens enregistre un album solo dans son coin, en prévoyant une sortie simultanée sous un génial artwork commun. 

Peter Criss est ravi. Il va pouvoir satisfaire son ego et s’affranchir, quelques mois durant, de l’emprise de Paul Stanley et Gene Simmons pour en revenir à ses vraies amours musicales.

Contre-pieds

Dans sa touchante autobiographie (Makeup To Breakup en 2012), Catman a écrit : "Mon album reflétait mes goûts musicaux… Du Rhythm and Blues inspiré par la Motown (3), avec des cuivres et des chœurs.

Mais personne ne s’attendait à ce que Catman, prenant la Kiss Army à contre-pieds, enregistre un album de rock middle of the road avec cuivres, chœurs de beurre et violons de miel, vaguement mâtiné de "soul pop" et de relents bluesy, a priori plutôt destiné aux (grands-)parents de ses fans. 

La petite histoire du rock révélera plus tard que tous les projets ultérieurs de Peter Criss seront des naufrages commerciaux. 

Et, en 1978, la presse rock va se déchaîner en attribuant des cotes de rejet (zéro pointé en moyenne) à l’opus qui ne fera qu’une apparition éphémère à la 43ème place des charts. Comparé (au mieux) à un Rod Stewart de série B ou (au pire) à un clone de Barry Manilow, Peter Criss ne sera pas ménagé. 

Sans convaincre quiconque, le producteur du disque, Vini Poncia, figurera parmi les rares défenseurs de Catman en expliquant qu’il avait cherché à créer des chansons émouvantes et accessibles, proches de l’univers musical dans lequel Peter Criss avait grandi, afin de "révéler" une autre facette de sa personnalité.

Mais c’est une chronique au vitriol, qui figure pourtant parmi les plus aimables, qui résumera la pensée dominante de son temps par ces mots : "Cet album est un cri de détresse, lancé par un malheureux prisonnier de la machine Kiss. Mais ce cri n’a rien de comparable avec les hurlements épouvantables - "Help !" - de tous les fans qui ont acheté ce fiasco de rock de pacotille."

Désastre, donc...

Élevé dans la jungle (urbaine)

Pourtant, les choix artistiques qui ont façonné l’album de Catman étaient prévisibles (4). Si sa légende de bande dessinée raconte qu’il a été élevé par des félins sauvages au cœur d’une jungle équatoriale, Peter Criss a en réalité grandi à Brooklyn dans un milieu défavorisé entouré d’un père qui adorait la danse et les big bands jazzy et d’une mère qui préférait le rock (léger) de son temps.

George Peter John a sept ans quand son père pose un disque magique et fondateur sur la platine familiale. "Sing, Sing, Sing" avec Gene Krupa à la batterie va déclencher chez le gamin une vocation frénétique et irrésistible. A dix-sept ans, après avoir détruit les casseroles de maman puis une kyrielle de batteries à deux balles, le futur Catman est déjà musicien professionnel. 

Mais c’est un appel téléphonique qui va faire basculer sa vie . Au bout du fil, il y a Joey Greco, le guitariste des débuts de Johnny Hallyday. Joey cherche un batteur au pied levé pour assurer quelques shows  dans une boîte de New-York. En contrepartie, il propose à Peter de lui présenter Gene Krupa.

Ce sera un pur moment d’extase. L’immense Gene révélera au jeune gaillard quelques secrets de son jeu, comme le Diable avait appris le blues à Robert Johnson.   

Si un batteur vous explique qu’il ne doit aucun de ses "fills" à l’héritage de Gene Krupa, c’est soit un menteur, soit un harmoniciste. Il n’y a pas un seul batteur dans l’univers qui ne doive pas au moins un "fill" à Gene Krupa. C’est dit.

Minute Gonzo et tranche de vie perso

1978. J’ai vingt ans. Et la vie est objectivement belle. J’adore le milieu universitaire où j’étudie. Je travaille pour un chouette magazine rock. Je joue (mal) de la guitare dans un abominable groupe proto-post-punk incapable d’aligner deux accords saturés. Et j’attends avec impatience les quatre albums en solo de mes masqués préférés...

Lorsque je pose le précieux (5) vinyle de Peter Criss sur ma platine Lenco (une petite fortune), je reste littéralement pétrifié. Pas une note de ce que j’entends n’approche – même de très loin – le spectre de ce que je peux aimer comme musique (spectre qui ratisse pourtant large,  de Yes à Deep Purple, en passant par Styx, Kiss, Kansas, Tangerine Dream, Sparks, Creedence Clearwater Revival, Slade, Status Quo, The Rolling Stones, Supertramp, Queen, Pink Floyd, …). 

C’est le temps qui a eu raison de mon épouvante. Petit à petit, l’album a fait son chemin dans ma vie jusqu’à m’apprivoiser et devenir un des disques que j’ai le plus écoutés au fil du temps. Il ne figure certes pas dans mon Top 10 "artistique" (occupé par des œuvres plus "ambitieuses" ou plus "abouties") mais c’est devenu mon préféré des quatre albums en solo de Kiss, un "bon copain" de soirée, un plaisir un peu coupable mais aussi mon "music buddy" de service quand j’ai envie de passer un moment paisible sans prise de tête.

A ce titre, chacun des dix morceaux est un pur régal. Parce que la moindre note a été interprétée sans calcul et avec cette honnêteté biblique que les naïfs et les « gentils » pratiquent souvent sans le savoir. Objectivement, Peter Criss n’a jamais aussi bien joué (il est digne de son illustre mentor) ni chanté qu’ici. Son jeu de batterie est éclectique et flamboyant, et la raucité naturelle de sa voix apporte un petit grain bienvenu à des compositions écrites essentiellement à quatre main (comme "Beth") avec son excellent pote Stan Penridge (6).

Mes préférences personnelles vont au musclé "Hooked On Rock’N’Roll" (très Bob Seger), au merveilleusement larmoyant "I Can’t Stop The Rain", à l’introductif "I’m Gonna Love You", au superbe "Easy Thing" et à la cover magnifique du "Tossin’ And Turnin’" de Bobby Lewis (1961).

Et on rembobine la cassette des souvenirs…

Si on la relit maintenant à la lumière de ce qui vient d’être écrit, la petite annonce publiée par Peter Criss en 1972 était loin d’être mensongère : "Batteur expérimenté cherche groupe pratiquant la musique soft et hard". 

L’album solo de Catman dévoile son côté "soft", loin des stades, des explosions, des fumigènes, des décibels, des délires et des surenchères narcissiques. 

Je n’ai pas le pouvoir d’arrêter la pluie
La voilà qui revient
La foudre zèbre le ciel
La foudre m’aveugle
Comme il est triste 
Que le seul amour
Que j’aie jamais connu
Me file entre les doigts...
.
Une merveille, je vous dis...


(1) Gene Krupa était également le musicien préféré d’Animal, le batteur du Muppet’s Show. Prenez la peine d’écouter Gene Krupa au moins une fois dans votre vie ! Ce type était fou et visionnaire. Ou le contraire.

(2) Gene Simmons – qui ne rate jamais une occasion d’être désagréable – a plus d’une fois affirmé que ce n’était pas Peter Criss qui avait composé "Beck", le titre qui est finalement devenu "Beth" parce que Paul Stanley ne voulait pas que Jeff Beck pense que Kiss lui adressait une chanson d’amour…

(3) Motown (pour Motor Town en hommage à Detroit) est ce label au son clinquant fondé en 1959 par Berry Gordy qui a révélé Diana Ross, Stevie Wonder, Marvin Gaye, Smokey Robinson ou l’épouvantable fratrie Jackson.

(4) Il est toujours facile de poser ce genre de diagnostic a posteriori, ce qui fait dire aux mauvaises langues que la vie d’historien est bien plus paisible que celle de journaliste…

(5) J’avais dû casser ma tirelire et mendier auprès de mes proches (et de mon rédacteur en chef) pour pouvoir acheter simultanément les quatre albums des masqués. J’ai écouté Paul, puis Gene puis Peter (et enfin Ace).

(6) A propos d’amitié justement, Casablanca Records avait exigé contractuellement que chaque masqué dédie son album aux trois autres. Peter Criss a bataillé pour ajouter un quatrième nom, Michael  Benvega, le bassiste qui l’accompagnait dans Chelsea (son groupe pré-Kiss). Benvega venait de mourir en 1977. Ca méritait bien une mention...  

Issue de la culture biologique (à 96,8 %) et de la pêche responsable, cette chronique AlbumRock, garantie sans sulfites, sans gluten, sans alcool ni sucres ajoutés, a été tapée, caractère après caractère, par deux vraies vieilles mains humaines sur un clavier en plastique (prétendument recyclable) fabriqué à vil prix en Chine.

Cette chronique est pour Snake, « mon » drummer préféré, qui me manque souvent en répétition. Pas pour son jeu épouvantablement bruyant mais pour son amitié et ses blagues à deux balles.

Je remercie (très) sincèrement les adorables lecteurs et lectrices qui corrigent mes textes, la femme qui partage ma vie et mon brave chien Gupette qui ronfle à contretemps sur la musique que j’écoute. 

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