
Emma Ruth Rundle
These Killing Times
Produit par
1- Powerless / 2- God's Picture / 3- Anvil / 4- Catherine Wheel / 5- Don't Delay Heaven / 6- Enough / 7- Human Kindness / 8- Oceans Of Time


Le nouvel album de la chanteuse américaine n'est pas un album léger. Marqué tant par l'angoisse chronique de la compositrice que par un état du monde résolument anxiogène, These Killing Times est une œuvre ouvertement politique qui aborde des sujets contemporains particulièrement sombres et préoccupants, de la crise climatique à la la prégnance des discours autoritaires et nationalistes.
Bien moins introspectif que son prédécesseur Engine of Hell, l'album se confronte ainsi directement à l'état du monde et regorge d'aspérités mélodiques plus marquées et d'envolées abrasives comme sur le titre d'ouverture "Powerless", saisissant par la beauté de ses arrangements et la sensibilité qui émane du chant. Les lignes de guitares savent plus que jamais se faire tranchantes et taillent dans le vif sur le final électrisant de "Catherine Wheel", chanson ouvertement antifasciste qui fait référence à l'instrument de torture du même nom.
Loin de se complaire dans le désespoir, l'Américaine offre en vérité davantage un album d'espérance qui fait l'apologie de la solidarité et de la résilience. L'amour est toujours présent, comme un baume ou un remède, et c'est ce mantra qui guide la montée en puissance du long manifeste "Human Kindness", entre chape de plomb saturée et ballade sensible jusqu'à un final éclatant de puissance. Emma Ruth Rundle a également l'habitude d'imprégner ses compositions de toute une imagerie religieuse que l'on retrouve une nouvelle fois sur la douceur suspendue de "Don't Delay Heaven" tandis que "God’s Picture" offre une nouvelle parenthèse aérienne, avec sa délicatesse acoustique et ses effluves de jazz dues aux interventions du saxophone. La force de l'album réside ainsi dans sa capacité à diversifier les atmosphères grâce notamment à la polyvalence de la section rythmique composée de Troy Zeigler (Baroness) et Jess Gowrie (Chelsea Wolfe) ainsi que par la présence d'une flopée d'invités allant de George Clarke (Deafheaven) à Marissa Nadler.
On apprécie particulièrement l'ambiance plus mélancolique et à fleur de peau qui s'exprime sur "Anvil", rappelant au passage l'expressivité du groupe norvégien Kalandra, tandis que la tension sensible et mystérieuse de "Enough" nous tient en haleine avec quelques intonations vocales à la Jeff Buckley sur les refrains puis une fin cacophonique qui sonne comme une machine qui déraille. Enfin, la chorale finale de "Oceans Of Time" referme l’album sur un titre élégiaque et dépouillé pour définitivement marqué ce nouvel album du sceau de l'émotion.
Après A.A Williams et Chelsea Wolfe qui l'ont précédé cette année, Emma Ruth Rundle signe un nouvel album doté d'une grande profondeur émotionnelle qui, malgré sa thématique sombre, offre un espoir bienvenu pour supporter le fardeau toujours plus pesant de l'actualité quotidienne.
















