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Critique d'album

Big Thief


Double Infinity


(05/09/2025 - 4AD - Indie /Folk/Rock - Genre : Rock)
Produit par Dom Monks

1- Incomprehensible / 2- Words / 3- Los Angeles / 4- All Night All Day / 5- Double Infinity / 6- No Fear / 7- Grandmother / 8- Happy With You / 9- How Could I Have Known
Note de /5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Big Thief a (encore) volé mon coeur"
Arthur, le 07/12/2025
( mots)

Au cours de l’été, la formation de Brooklyn est revenue sur le devant de la scène avec un nouvel album à la couverture pour le moins étrange, laissant planer le doute sur son contenu finalement tout aussi planant. Double Infinity c’est le nouvel épisode onirique de la saga commencée en 2015 par le groupe nord-américain. Dans les volumes précédents, on avait déjà eu le loisir de les entendre développer un éventail de sonorités des plus flottantes, en se forgeant une réputation à coups de ballades folk somptueuses et de mélodies fragiles survolées de guitares électriques, le tout exécuté avec une précision habile et bruyante. Mais cette fois, c’est un peu différent.


Depuis le départ du bassiste Max Oleartchik par suite de quelques tensions, brillamment gérées dans la foulée d’après Pitchfork qui rapporte les éloges faites aux capacités d’auto-management du groupe, les trois membres restants ont dû s’organiser pour créer la musique qui reflèterait une nouvelle fois leurs préoccupations les plus intimes. Après l’échec du mariage d’Adrianne Lenker, la prodigieuse compositrice et chanteuse à qui l’on devait déjà des textes immenses comme "Change", sur Dragon New Warm Mountain I Believe in You, album acclamé par la critique, le terrain était particulièrement propice à la continuation de son oeuvre . Sur l’album, les textes traitent de sujets tels que la quête de sens, des relations sentimentales, de la signification de l’amour, des voyages ou encore de la poursuite éternelle des souvenirs ("Incomprehensible", "Los Angeles" ou "Grandmother"). Pour disserter, le trio s’est façonné un son enveloppant qui allie effets psyché, acoustiques légères et agréments électroniques. La philosophie du propos combinée à cette atmosphère aérienne donne ici à entendre quelque chose de profond, de quasi solennel. Ce que le groupe est parvenu à capturer, c’est le caractère fuyant de toute chose et, en réponse à cela, le besoin pour l’artiste de s’accrocher à ce qu’il reste de tangible près d'elle, que ce soit l’amour de ses proches ou le caractère inestimable de la musique elle-même. "Love is just a name" entend-on dans "All Night All Day", on ne peut même pas le décrire.


D’autres morceaux amènent plus de légèreté à l’ensemble mais conservent néanmoins le même axe réflexif ("Words", "Happy With You"). Ces compositions plus enjouées et accrocheuses essaient moins de toucher à l'âme que de nous faire danser au beau milieu d’un rêve. On pourrait être tenté de qualifier "Happy With You" de maillon faible de l’ensemble, à cause de son côté répétitif, mais ce serait une erreur. Ce morceau ne dit pas plus que ce qui doit être dit en un temps limité.


Aux antipodes de cette idée, il y a "No Fear", le morceau mystique à la basse profonde et, sur le même genre de tempo lent, le fameux "Grandmother" qui contient à lui seul toute la beauté de l’album : la transmutation de la peine existentielle en rock n roll. C’est sur cette chanson que l’on cueille le fruit de la collaboration avec Laraaji, musicien de Harlem dont la voix ténor complète la réverbération des guitares. Alors même si "All Night All Day" peut sembler un peu surfait dans son narratif, la féé ligne directrice qui relie tous ces titres a vite fait de nous faire avaler la pilule. C’est dès "Incomprehensible" que l’on pénètre cette atmosphère où le temps semble s’être figé, où même la voix d’Adrianne Lenker semble se perdre à travers la densité de la rêverie. C’est peut-être cette langueur qui constitue aussi paradoxalement le point faible de cet album. Malgré la belle orchestration des compositions, elles paraissent se fondre les unes dans les autres. Ce qui, ceci dit, ne leur enlève rien de leur indicible beauté. 


Peut-être que la mélancolie cosmique, mélangée à quelques éclats de joie, s’apprécie mieux ainsi. C’est en tout cas ce que laisse présupposer "How Could I Have Known", la ballade-closer où l’on retrouve finalement une structure folk plus traditionnelle, laquelle peut rappeler justement “Change” et les grandes chansons de Big Thief ces dernières années. Il semble juste de saluer le travail des trois musiciens et du nouveau bassiste Justin Felton qui a rejoint l'ensemble. Ils ont su une fois de plus allier leurs savoir-faire pour créer une œuvre pop-rock sincère et étonnamment unique.

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